Meublé touristique à Montmartre : la loi Le Meur impose désormais un DPE

La butte Montmartre et ses immeubles anciens, dans le 18e arrondissement de Paris
Myrabella / Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

En bref

À Montmartre, où les meublés de tourisme sont nombreux, la loi Le Meur du 19 novembre 2024 impose désormais un DPE. Depuis le 21 novembre 2024, un nouveau meublé de tourisme dans Paris, zone tendue, doit afficher au moins la classe E ; le bâti ancien et souvent mal classé du 18e est directement concerné.

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Montmartre, capitale du meublé touristique

Au pied du Sacré-Cœur, Montmartre attire un flux touristique parmi les plus denses de Paris. Sans surprise, le quartier concentre un grand nombre de meublés de tourisme, ces logements loués à la nuitée à une clientèle de passage.

Longtemps, ces locations échappaient aux obligations énergétiques qui s'imposent à la location classique. La loi Le Meur, adoptée fin 2024, a changé la donne. Pour les propriétaires du 18e, souvent installés dans un bâti ancien, l'enjeu est concret : sans DPE conforme, l'exploitation d'un meublé touristique devient impossible.

Le phénomène ne se limite pas aux abords de la place du Tertre : des Abbesses à la Goutte d'Or, de nombreux immeubles comptent au moins un logement dédié à la location de courte durée. La nouvelle réglementation touche donc un large éventail de propriétaires du 18e.

La loi Le Meur, un tournant

Promulguée le 19 novembre 2024, la loi dite « Le Meur » renforce l'encadrement des meublés de tourisme : enregistrement obligatoire, pouvoirs accrus des communes, et surtout un volet énergétique inédit.

Jusque-là, un logement pouvait être retiré du marché de la location classique pour cause de mauvaise étiquette, tout en restant loué en meublé touristique. Cette faille est désormais fermée : la loi aligne progressivement les meublés de tourisme sur les exigences de performance énergétique du reste du parc locatif.

Le texte répond à une inquiétude ancienne des grandes villes touristiques : voir des logements quitter le marché résidentiel au profit de la location de courte durée, plus rémunératrice. En durcissant les règles, il cherche à rééquilibrer l'offre de logements au bénéfice des habitants.

Ce que la loi impose côté DPE

Depuis le 21 novembre 2024, tout nouveau meublé de tourisme situé en zone tendue doit présenter un DPE d'au moins la classe E pour être mis en location. C'est une rupture : la classe énergétique devient une condition d'exploitation.

L'échéance suivante est fixée au 1er janvier 2034 : à cette date, tous les meublés de tourisme, nouveaux comme anciens, devront afficher une étiquette comprise entre A et D. Les règles restent évolutives et méritent d'être vérifiées au cas par cas.

Paris, zone tendue

L'ensemble de Paris est classé en zone tendue. Le 18e, comme tous les arrondissements, entre donc pleinement dans le champ de la loi Le Meur. Aucun secteur de la capitale n'échappe à l'exigence de DPE pour les meublés de tourisme.

Pour un propriétaire montmartrois, cela signifie qu'un projet de location saisonnière doit désormais intégrer, dès l'amont, la question de l'étiquette énergétique du logement — au même titre que l'enregistrement en mairie ou les règles de copropriété.

Le calendrier des interdictions

Les meublés de tourisme suivent une trajectoire calquée sur celle de la location classique. Les logements classés G sont exclus de la location touristique depuis 2025, les F le seront en 2028, les E en 2034, échéance à laquelle seule une étiquette A à D restera acceptable.

Ce calendrier, à confirmer au fil des textes d'application, laisse peu de marge sur un bâti ancien. Un propriétaire du 18e a tout intérêt à connaître dès maintenant la classe de son bien pour anticiper les travaux nécessaires.

Sur un immeuble ancien, faire remonter une étiquette de deux ou trois crans suppose des travaux lourds, souvent votés en copropriété. Mieux vaut donc connaître sa classe des années à l'avance que de découvrir, à quelques mois de l'échéance, l'ampleur du chantier à mener.

L'exception de la résidence principale

La loi ménage une exception importante : la location occasionnelle de sa résidence principale, dans la limite de la durée légale autorisée, reste hors du dispositif de DPE obligatoire. Le particulier qui loue son propre logement quelques semaines par an n'est pas visé de la même façon qu'un investisseur.

La frontière entre location occasionnelle et activité de meublé de tourisme est toutefois précise et contrôlée. En cas de doute, mieux vaut se renseigner en mairie, l'enregistrement étant devenu la règle à Paris.

Le 18e, un bâti ancien souvent mal classé

Le 18e compte environ 20 % de passoires thermiques. Son bâti, fait d'immeubles de faubourg, de maisons de la Butte et de logements populaires, se classe fréquemment en E, F ou G.

C'est précisément le profil de logements que la loi Le Meur vient contraindre. Beaucoup de meublés touristiques montmartrois occupent des immeubles anciens dont l'étiquette, sans travaux, se situe en dessous du seuil désormais exigé. Vérifier le classement au DPE devient un préalable à toute mise en location.

Un ancien logement de bonne sous les combles, un deux-pièces mansardé, un immeuble de rapport jamais isolé : ces configurations, très présentes sur la Butte, sont aussi celles qui se prêtent le mieux à la location touristique. D'où la fréquence des situations à régulariser dans le 18e.

Pourquoi Montmartre classe mal

La Butte cumule les handicaps thermiques : petites maisons anciennes, immeubles de rapport du XIXe siècle, ruelles pentues, simple vitrage, contraintes d'accès qui compliquent les chantiers. S'y ajoutent, sur certains secteurs, les contraintes liées au sous-sol de gypse de la Butte.

Ce charme patrimonial a un revers énergétique. Rénover y est possible mais souvent plus complexe qu'ailleurs, entre copropriété, configuration des lieux et parfois avis des architectes des Bâtiments de France aux abords des monuments.

Les toitures en pente, les cours exiguës et les façades parfois protégées limitent les marges techniques. L'isolation par l'extérieur y est souvent exclue, ce qui reporte l'effort sur l'isolation intérieure, plus délicate à mettre en œuvre sans rogner la surface habitable d'un logement déjà petit.

Le DPE, désormais une condition d'exploitation

Pour un investisseur en meublé touristique, l'étiquette énergétique n'est plus un simple document informatif : elle conditionne le droit même de louer, donc le rendement du bien. Un logement classé F ou G perd, à terme, sa capacité à générer des nuitées.

Cette bascule rapproche le meublé de tourisme de la location nue : dans les deux cas, la performance énergétique devient un actif ou un passif. Sur le marché montmartrois, un bien bien classé gagne un avantage concurrentiel durable.

À l'inverse, un logement déjà bien noté devient un actif rare : il conserve son droit d'exploitation quand ses voisins mal classés en sont progressivement privés. Sur un marché aussi tendu que celui de Montmartre, cet écart peut peser lourd dans la rentabilité d'un investissement.

Vérifier avant d'investir ou de continuer

Que l'on envisage d'acheter pour louer en meublé touristique ou que l'on exploite déjà un bien, la première étape est la même : faire établir un DPE à jour par un diagnostiqueur certifié, pour connaître sa classe et sa marge par rapport aux échéances.

Sur un bien ancien du 18e, ce diagnostic s'accompagne souvent du plomb et, selon les cas, de l'amiante. Anticiper évite de découvrir une interdiction d'exploitation au pire moment, une annonce déjà en ligne.

Ce diagnostic initial sert aussi de base à toute stratégie : il indique le nombre de crans à gagner, oriente le choix des travaux prioritaires et permet d'estimer le budget. C'est le point de départ d'un projet, non une simple formalité administrative de plus.

Rénover un meublé mal classé à Montmartre

Faire remonter l'étiquette d'un logement montmartrois passe souvent par la copropriété : isolation des toitures et des façades, remplacement des menuiseries, modernisation du chauffage. Sur la Butte, ces travaux doivent composer avec la configuration des lieux et, parfois, les contraintes patrimoniales.

Des aides à la rénovation peuvent y contribuer, sous conditions et selon un calendrier évolutif. Pour un meublé de tourisme, ces travaux ne relèvent plus du confort : ils conditionnent la poursuite de l'activité au-delà des prochaines échéances.

Ces chantiers relèvent le plus souvent de décisions collectives : ravalement avec isolation, réfection de toiture, changement de chaudière. Le plan pluriannuel de travaux de la copropriété est le bon cadre pour les programmer, en tenant compte des contraintes propres à la Butte et à son sous-sol de gypse.

Au-delà du meublé : la location classique

La loi Le Meur ne concerne que les meublés de tourisme, mais elle rappelle une réalité plus large : à Montmartre comme partout à Paris, la location est désormais indissociable de la performance énergétique.

Qu'un propriétaire loue à l'année ou à la nuitée, un bien classé G ou F du 18e devra tôt ou tard être rénové pour rester sur le marché. Le DPE est le point de départ commun à toutes ces stratégies.

Prix et bon réflexe

Avant de lancer ou de poursuivre une location, faire réaliser DPE et diagnostics au cours d'une même visite limite le budget global, à titre indicatif. C'est aussi l'occasion d'objectiver la marge de manœuvre du bien face aux échéances.

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Questions fréquentes

Faut-il un DPE pour louer un meublé touristique à Montmartre ?

Oui. Depuis la loi Le Meur du 19 novembre 2024, un nouveau meublé de tourisme en zone tendue — ce qu'est tout Paris — doit afficher au moins la classe E depuis le 21 novembre 2024.

Ma location occasionnelle de résidence principale est-elle concernée ?

Non, la location occasionnelle de sa résidence principale, dans la limite de la durée légale, reste hors du dispositif de DPE obligatoire. L'enregistrement en mairie reste toutefois la règle à Paris.

Quel calendrier pour les meublés classés F ou G ?

Les logements G sont exclus de la location touristique depuis 2025, les F le seront en 2028, les E en 2034, date à laquelle seule une classe A à D sera acceptée. Ces règles restent évolutives, à vérifier.

Le bâti de Montmartre est-il souvent mal classé ?

Oui. Le 18e compte environ 20 % de passoires thermiques : maisons de la Butte, immeubles de faubourg et logements populaires anciens se classent fréquemment en E, F ou G.

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